mercredi, décembre 21, 2005

"Réforme : ne me dites pas ce que je dois faire, mais comment faire"

"Réforme : ne me dites pas ce que je dois faire, mais comment faire" : il paraît que cette phrase était sur le bureau de Jean-Pierre Raffarin.

Pour moi, il s'agit d'un cas de ce faux bon sens dont quasiment tous les hommes politiques usent pour tromper le peuple et justifier leurs fautes, leurs manquements, leurs défaillances. Il peut sembler au premier abord compréhensible de dire "Je sais quoi faire, mais pas comment."

En réalité, les exemples étrangers montrent que, lorsque l'objet et les raisons de la réforme sont bien définis, quand on sait où on veut arriver et pourquoi, une méthode se dégage rapidement.

C'est assez simple à comprendre : lorsqu'on sait dans quel but et pourquoi on réforme, on connaît les gagnants, les perdants et ce qu'on espère que la société y gagne. On peut batir différentes méthodes à partir de cela, du passage en force appuyée sur une majorité (1) à la discussion consensuelle, mais c'est assez rapide.

C'est pourquoi je suis convaincu que tous ceux qui nous racontent "Je sais quoi faire, mais, comprenez moi, les Français sont si colériques, que je ne sais pas comment m'y prendre." n'ont en fait pas une vision suffisamment claire de ce qu'ils veulent faire.

Je remarque d'ailleurs qu'il y a eu beaucoup de ruptures dans l'histoire de France lors desquelles des changements radicaux se sont faits très rapidement, la dernière datant de 1958 (la rupture de 1983 où le socialisme français aurait du se réconcilier avec le capitalisme n'a jamais été complètement assumée, elle reste inachevée faute d'avoir été assez franche.)

Ne vous y laissez pas prendre : tous ceux qui vous raconteront que le France est un petit être fragile, et qu'il faut prendre mille précautions avant de bouger le petit doigt, réfléchir cent sept ans à la méthode avant d'agir, ceux-là ne savent pas où ils veulent en venir, ni même, dans les cas les plus graves, si ils veulent aller quelque part. Pire, au passage, ils infantilisent les Français en entretenant l'idée qu'ils ne supporteraient pas la vérité et la franchise, alors que ce qui manque aux Français, qui sont assez capables d'imaginer par eux-mêmes ce qu'ils pourraient perdre, est qu'on leur explique ce qu'ils pourraient gagner ; mais quand on ne sait pas soi-même où on veut aller, c'est difficile de convaincre les autres.

(1) : c'est la méthode choisie par Alain Juppé en 1995 et je ne vois toujours pas une seule raison intelligente justifiant que Jacques Chirac l'ait obligé à céder : quand on engage une épreuve de force, on va jusqu'au bout, sinon, on ne s'engage pas. La raclée électorale qui a suivi a largement justifié mon analyse : il a paru faible à ses partisans sans convertir un seul de ses adversaires.

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